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Le souvenir du Professeur Marek Stachowski

Mariusz Dubaj

J'ai rencontré le Professeur Marek Stachowski pour la première fois pendant les Cours Vacanciers Internationaux pour Jeunes Compositeurs à Kazimierz Dolny en septembre 1985. Le professeur y dirigeait des cours et y a tenu une conférence très intriguante avec par ailleurs la présentation de sa “Choreia” pour orchestre. Etaient aussi présents d’autres maîtres de conférences comme Robert Aitken, flûtiste canadien, Louis Andriessen, coryphée hollandais, François-Bernard Mâche, compositeur français, Henry Pousser, artiste belge, et enfin, Włodzimierz Kotoński et Zygmunt Krauze, compositeurs polonais. Cependant, la présence du Professeur Stachowski était inattendue. On parlait beaucoup de sujets fascinants comme l’ancienne culture égyptienne (Le Professeur m’a dit qu'il avait dépensé 1000 USD pour une collection de livres sur les hiéroglyphes; à cette époque-là c'était une somme astronomique) et de Mozart (c'était le moment de la première du film „Amadeus” de Miloš Forman en l’Europe de Ouest, le professeur l’avait déjà vu à Berlin-Ouest). Pendant l’un des concerts liés avec conférences j'ai joué mon 10 wariacji n'a temat «Sto lat» pour piano op. 1 (1978). Cela a aiguillonné l’attention du Professeur qui a commenté: „mais vous avez fait un exploit là!” [1]. Lors de consultation individuelle, je lui ai présenté mon enregistrement et ma partition d’œuvre À tre per oboe, fagotto e pianoforte (1983-84) [2]. Il a fait référence à l’un d’ostinatos accordals en disant qu’on peut élargir ce fragment dans une œuvre symphonique. Il m'a fait réfléchir bien que Louis Andriessen ait indépendamment fait une observation identique sur le même fragment.

Ma fascination pour Professeur était tellement forte qu’elle m’a poussé au déménagement à Cracovie et à joindre à sa classe de composition pendant que j'étais déjà assistant à l’Académie Musicale de Gdańsk et étudiant en dernière année de la composition. J'ai abandonné cette idée en planifiant des consultations privées avec le professeur après avoir fini mes études. À cette époque j'ai fait des études similaires à l’invitation de Witold Lutosławski [3]. Je dois ajouter que la possibilité de consulter des maîtres de compositions comme Marek Stachowski et Witold Lutosławski, ici, en Pologne, était beaucoup plus attirante que la possibilité d’étudier aux États-Unis sous la direction de George Crumb dont Makrokosmos était le sujet de ma thèse [4].

J’admets que l’esthétique des compositions de Marek Stachowski était plus proche des miennes que de celle de maître Lutosławski. J'ai une fois dit humoristiquement que je voudrais écrire la musique comme lui, mais un peu différente, ce qui l’avait vraiment amusé. Pendant les consultations privées individuelles, quelques unes de mes œuvres ont gagné des applaudissements de Professeur. Entre autres: Struktury per pianoforte (1983-93) [5], Cztery poematy (1988-94), Ballada (1990-91), Trzydzieści impresji na temat «Stary niedźwiedź mocno śpi» (1994-97), 1., 5., et 10. Etiuda [6] (2002-03) pour piano, Barwy morza pour chorale de femmes [7] (1983-92), Trzy poematy pour soprano et piano, paroles de Magdalena Marchwic-Widawska et moi (1987-2000), Cztery pieśni pour mezzo-soprano et piano, mes paroles (1988-92), Nowe modlitwy pour chorale mixte (1995-98), Canti movimenti pour piano et instruments à cordes frottées (1986), Litania do Najświętszej Marii Panny (la deuxième version) pour mezzo-soprano et orchestre (1989), Concertino pour trio à vent, instruments à cordes frottées et batterie (1997), Pasja według św. Marka pour orgue électronique (1998) qu’il a écouté avec sa femme, Maria, Funeral Song (à mémoire de Maria Stachowska pour orchestre des instruments à cordes frottées (1999-2000), Kompozycja Jubileuszowa III wg obrazu Leona Tarasewicza pour instrument électronique (2000), la reconstruction de Mazurek Dąbrowskiego avec refrain de Frédéric Chopin [10]. Marek Stachowski n'était pas un partisan du minimalisme, il acceptait néanmoins cette tendance qui coexiste avec évolution musicale dans mes œuvres. Dans les années 90, le Professeur était fasciné par le record électronique de partiture et comme il prétendait - il l’exerçait quelques heures par jour. Il essayait d’y intéresser ses collègues, par exemple Zbigniew Bujarski. Je voudrais encore mentionner une petite anecdote - habituellement quand j'étais hébergé chez M et Mme Stachowski, je mangeais deux déjeuners - l’un en ville et l’autre chez les hébergeurs qui ne prévoyaient pas d’autre situation.

En 1989 j'ai demandé au Professeur Stachowski s’il voulait être le directeur de ma thèse pendant mes études doctorales à l’Académie Musicale de Cracovie. Le résultat de ces études était le concert I nadejdzie światłość (1989-90) pour piano et orchestre.

J’ai osé dédier ce concert à Marek Stachowski. Je voudrais ajouter que Marek Stachowski ne voulait pas voir de fragments de cette composition, seulement la partition entière. Avec une grande lutte je l’ai encouragé à se référer aux fragments larges du manuscrit. Quand en planifiant d’écrire un concert j'ai dit que j’étais fasciné par les nouveaux effets du son,

le professeur a répondu : „et moi, je suis fasciné par la forme”!

Je rencontrais Marek Stachowski aussi pendant les réunions de Związek Kompozytorów Polskich à Varsovie ou les concerts de „Warszawska Jesień”. À son invitation j'ai participé aux concerts d’anniversaires consacrés à son 60eme anniversaire, c'était en 1996 à l’Académie Musicale Florianka. J'étais impressionné par ses quatuors à cordes frottées et par les autres compositions écrites pour trio ou quatuor à cordes frottées. Pendant la réunion avec Stachowski je lui ai posé des questions sur son style de travail, je voulais savoir s’il avait une vue de son œuvre à partir de début jusqu'à la fin ou juste une idée et des possibilités de la développer. Il m’a dit qu'il était plus proche de la première option - ça veut dire qu'il construit un œuvre dans sa tête et puis il l'écrit vite. J’ai beaucoup aimé ses Cinq petites valses fait en version concertale et pour ballet lors du festival DO-RE-MI à Łódź. Cela m'a inspiré pour écrire deux valses : Walc melanchilijny (1999) et Walc brillante (2011). Nous nous sommes disputés seulement une fois, quand nous avons débattu des possibilités d’organisation interne de la mesure à 6 croches. Selon le Professeur, la seule alternative c'était 2x la mesure à 3 croches, pour moi il y avait aussi d’autres possibilités de partage.

A la fin des années 90, M et Mme Stachowski ont visité Lublin sur invitation de Teresa Księska-Falger. Là, dans la Philharmonie de Lublin, la première partie de Z księgi nocy a été mise en scène. Dans le programme de concert il y avait aussi Boléro de Ravel; le public était vraiment enthousiaste et avait aimé les deux œuvres. Marek Stachowski s'est intéressé à l’architecture de Chapelle Saint Trinité de Lublin dont les trois étages sont des reflets symboliques du paradis, purgatoire et enfer. En plus, il s'est intéressé à la légende de la patte du diable qui est une satire sur la vénalité des cours de la Pologne ancienne. Peut-être que c'est grâce à la fascination pour la Chapelle de Lublin que l'inspiration d’écrire la deuxième et troisième partie Z księgi nocy est née.

En 2003 le Professeur Stachowski était, avec professeur Andrzej Nikodemowicw et Eugeniusz Knapik, l'un des critiques de ma thèse d'habilitation dont le sujet était Largo for large orchestra (1999-2001) et aussi la conférence sur le minimalisme [11]. À cette époque il a subi une chirurgie sérieuse (dans le même temps que mon oncle Julian; ils sont tout deux décédés à intervalle de deux jours - le Professeur le 3 décembre et l'oncle le 5 décembre 2004). Le professeur m’avait indiqué qu’il prenait un médicament extraordinairement cher et non disponible communément, Glivec, qui lui avait prolongé vie.

J’admets que la mort précoce de Marek Stachowski fut un choc énorme pour moi et pour tout l’environnement musicale de Cracovie. Je lui ai téléphoné pour la dernière fois le 22 novembre 2004 et promis que je lui rendrai visite bientôt. Bien qu'il se soit plaint que la longue conversation le fatiguait, il me semblait qu'il était content quequelqu'un se souvienne de lui… Je n'ai aucune idée pourquoi la notice nécrologique a été publiée dans version cracovienne de Gazeta Wyborcza sous mon nom [12]. La même chose est arrivée avec la notice biographique de Professeur dans le programme du festival XVII Międzynarodowe Dni Kompozytorów Krakowskich consacrée à honorer sa mémoire [13]. La possibilité de diriger le concert d’auteur Marek Stachowski pendant Lubelskie Forum Sztuki Współczesnej im. Witolda Lutosławskiego à Philharmonie de Lublin en avril 2005 était un grand honneur [14]. J'ai arrangé une exposition de la belle photographie du Professeur spécialement pour ce concert. La photographie a été apportée par des musiciens cracoviens.

Je suis convaincu que la musique de Marek Stachowski, la musique construite excellemment, commence sa vie d'estrade et d'enregistrement et qu’avec le temps elle pourra apparaître au grand public. Cela se réfère particulièrement aux œuvres les plus récentes qui parviennent, grâce à leur expression intense, à captiver.

Mariusz Dubaj

(Département Artistique d'Université Marie Skłodowska-Curie)

Krasnystaw, 21.02.2012

Notes de bas de page:

[1] Suivant l'opinion sur mes œuvres (6.01.1989), Professeur Stachowski a écrit: „Je me suis tombé sur les œuvres de Monsieur Mariusz Dubaj pour la première fois il y a quelques années, pendant les Cours Vacanciers Internationaux pour Jeunes Compositeurs à Kazimierz Dolny, organisés par Polskie Towarzystwo Muzyki Współczesnej. J'avais l'impression que j'avais affaire au talent prometteur qui pronostiquait une grande créativité. Dès lors j'avais beaucoup de chances de pouvoir lire et écouter ses œuvres et c'était avec un grande plaisir que j'affirmais le progrès évident de sa personnalité artistique (...)”.

[2] L'œuvre A tre per oboe, fagotto e pianoforte (1984-85) a gagné le grand prix au concours pour compositeurs sorti à l'occasion de „Tydzień Talentów” à Tarnów en 1985.

[3] M. Dubaj, Hommage à Lutosławski, „Quarta”, Édition PWM, Cracovie, décembre 2004.

[4] La thèse, titrée George Crumb - „Makrokosmos”, écrite sous la direction de Professeur Marek Podhajski, à gagné le grand prix à Ogólnopolski Konkurs Prac Magisterskich Akademii Muzycznych, Gdańsk 1987.

[5] Édition Agencja Autorska, Varsovie 1995.

[6] Sous l'impression de la mort de Marek Stachowski 6. Etiuda du cycle 12 Etiud dédiées à Stanisław Drzewiecki (2002-2007), a été finie en 2005.

[7] L'œuvre à gagné le grand prix au Ogólnopolski Konkurs dla Studentów Klas Kompozycji, Gdańsk 1983.

[8] Édition Agencja Autorska, Varsovie 1994.

[9] Édition PWM, Cracovie 1999.

[10] Édition PWM, Cracovie 1999.

[11] Lettre de Professeur Stachowski à Mariusz Dubaj, le 4 août 2003: „Cher Monsieur Mariusz, (...) mon modeste apport aux procédures de votre doctorat et habilitation universitaire était imposé par ma conviction profonde de votre talent et mon admiration pour votre grand œuvre artistique. DE plus, je suis convaincu que vous avez de grandes possibilités de multiplier ces accomplissements. Je vous félicite encore une fois pour votre excellente habilitation. (...) Je vous souhaite un repos tranquille et des moments d'illumination artistique. (...)”.

[12] M. Dubaj, Profesor Marek Stachowski - pożegnanie, „Gazeta Wyborcza Kraków“, vendredi, le 10 décembre 2004

[13] M. Dubaj, Wspomnienie o Profesorze Marku Stachowskim, Marek Stachowski - nota biograficzna, la brochure de Międzynarodowy Festiwal Muzyki Współczesnej 17. Dni Muzyki Kompozytorów Krakowskich Poświęcone pamięci Marka Stachowskiego, Cracovie, mai 2005.

[14] M. Dubaj, Marek Stachowski - nota biograficzna, la brochure de IX Lubelskie Forum Sztuki Współczesnej im. W. Lutosławskiego, Philharmonie Henryk Wieniawski de Lublin, avril 2005.